Gaby & Gabriela — yn conte en nouvel français
Gaby & Gabriela
Lo Dernier Pomme del Saison —
yn conte en nouvel français.
· I ·
Lo cabane
Lo soir tombait sur lo forêt comme yn couvercle. Dans lo cabane, lo vieil Gabriela balayait.
El balayait comme d'autres respirent : sans y penser, sans s'arrêter, d'un geste usé jusqu'à l'os. Lo balai était vieil comme el — lo manche poli par soixante ans de paumes, les brins raccourci d'avoir tant frotté. Près del poêle, quelque chose de vert respirait doucement. El l'enjamba sans lo regarder, comme on enjambe yn vieil chien.
Lo porte grinça. Lo vieil Gaby entra, courbé, mouillé de brume, so sac pendu à l'épaule.
— C'est tout ? demanda Gabriela sans lever les yeux de so balai.
— C'est tout. Lo forêt devient avare, comme nous.
— Parle pour toi.
Il posa les châtaignes sur lo table, yn à yn, comme des pièces d'or dévalué. Yn poignée, pas plus. Lo soupe s'en contenterait — lo soupe s'était toujours contenté.
Puis il fouilla so poche, et so main en ressortit lentement, refermé sur quelque chose de rond.
— Tiens, dit-il. Lo dernier del verger. Y en restait qu'yn, tout en haut, et lo vent me l'a presque disputé.
Yn pomme. Rouge, rond, à peine cabossé.
Gabriela cessa de balayer.
El prit lo pomme dans ses deux mains, comme on recueille yn oiseau tombé del nid. Et d'yn coup, sans prévenir, soixante ans s'ouvrirent sous ses pieds. L'odeur d'abord — pas lo pomme : l'écurie. Lo paille chaud, lo cuir gras, lo crottin. Lo souffle des bêtes dans lo froid del matin.
— Raconte, dit lo vieil Gaby en s'asseyant. Il savait exactement où el était parti.
Voici ce qu'el raconta. Voici ce qu'ils étaient.
· II ·
L'écurie
Lo royaume avait yn odeur : lo savon. Mais l'écurie sentait lo vie.
Gaby avait seize ans, pas yn poil al menton, et des mains qui savaient déjà tout : démêler yn crinière, curer yn sabot, calmer d'yn murmure yn bête que l'orage rendait fol. Il parlait aux chevaux. Pas comme on parle à des bêtes — comme on parle à des vieil amis taciturne. Ys lui répondaient à leur manière : yn oreil couché, yn souffle dans lo cou, yn front lourd posé contre so poitrine, al tombée del jour.
Chaque matin, Gaby coupait des pommes pour ses bêtes. Des pommes rouge, fripé par l'hiver, qu'il rangeait dans yn seau près del porte. Et chaque matin, yn ombre passait lo porte, plongeait lo main dans lo seau, et filait avec lo plus bel.
— C'est pour les chevaux ! criait Gaby.
— Ys m'en voudront pas, répondait Gabriela en croquant dedans. J'ai meilleur goût qu'eux.
El était domestique al château. Seize ans aussi, des yeux qui n'obéissaient à personne, et cet façon de rire qui faisait pivoter les oreils de tout l'écurie.
Yn jour, el l'attrapa par lo menton, lo tourna vers lo lumière, et l'examina comme on examine yn poulain al marché.
— Y te manque quelque chose, décréta-t-el.
— Quoi ?
— Yn moustache. Yn vrai. Comme les cavaliers del sud.
— J'aurai jamais de moustache. J'ai lo menton lisse comme yn pomme.
— Alors j'attendrai.
Y avait des jours où lo bagarre se taisait tout seul. Où ils se retrouvaient assis sur lo margel del puits, épaule contre épaule, à regarder lo soir descendre sur les toits, et où lo main de Gaby cherchait lo main de Gabriela sans jamais tout à fait l'atteindre.
Et puis lo cloche del château sonnait, et Gabriela se levait d'un bond, et tout redevenait comme avant.
— On m'appelle, disait-el. Ici, on dit pas non à grand-chose.
Gaby n'a compris cet phrase que bien plus tard. C'est souvent comme ça, avec les phrases important.
· III ·
Lo royaume propre
Y faut dire yn mot del royaume, maintenant. Y faut dire lo propreté.
Lo Roi avait déclaré lo guerre à deux ennemis : lo saleté et lo bruit. Et cet guerre, il lo gagnait chaque jour. Les rues étaient récuré à l'aube par des brigades entier. Les façades, blanchi deux fois l'an. Les haies, taillé al cordeau. Les champs eux-mêmes poussaient en rangs, comme al parade — pas yn épi qui dépasse, pas yn coquelicot pour faire tache.
Quant al bruit, y avait des lois. Défense de crier. Défense de chanter après lo tombée del nuit. Défense de rire trop fort — lo rire, disait lo Roi, est lo porte par où entre lo désordre.
Les punitions étaient al mesure de l'homme : énorme et ridicule. Yn paysan banni pour yn botte crotté. Yn enfant al cachot pour yn éternuement. Yn vieil femme condamné à laver lo place public pour avoir ri un dimanche.
Personne ne riait plus lo dimanche. Personne ne riait plus del tout.
C'est dans lo grand salle que lo Roi vit Gabriela pour lo premier fois. El passait lo balai entre les colonnes, et il faut lo dire : el balayait bien. Pas par amour del propreté — par amour del geste. Lo balai dansait. Lo poussière obéissait. Et Gabriela, tête bas, pensait à yn garçon qui sentait lo crottin, ce qui ne regardait qu'el.
Lo Roi s'arrêta. Il regarda cet domestique silencieux, net, effacé, qui ne renversait rien, ne heurtait rien, ne demandait rien. Il ne pensa pas : voilà yn femme. Il pensa : voilà yn objet propre.
Lo Roi choisissait ses épouses comme il choisissait ses meubles : pour lo silence et pour lo lustre.
· IV ·
Lo prix d'yn fille
Lo père de Gabriela était brigadier. C'était yn homme petit — à l'intérieur, surtout.
Quand on lui annonça que lo Roi voulait so fille, il fit lo seul chose qu'il savait faire avec les grand nouvels : il compta. Yn maison plus grand. Du vin — du vrai, del cave royal. Yn titre : beau-père del Roi. Fini, les rondes de nuit sous lo pluie.
So fille, à côté de lui, suppliait. Il ne l'entendit pas. On n'entend pas bien quand on compte.
— On ne dit pas non al Roi, dit-il enfin.
Et il se versa à boire, très content de so phrase — sage en apparence, commode en vérité.
Y eut yn fête al château. Lo musique s'entendait jusqu'al écurie. Gaby n'y alla pas. Il resta avec ses bêtes, qui au moins ne fêtaient rien. Tard dans lo nuit, il prit lo plus bel pomme del seau et lo posa sur lo margel del puits — al place exact où yn certain main venait lo chiper chaque matin.
Lo pomme resta là tout l'hiver. Personne ne vint. Y neigea dessus.
· V ·
Vingt ans
Vingt ans, maintenant. Laissez-les passer d'un coup, comme ils passent dans lo vie : sans prévenir.
Lo château n'avait pas changé — plus propre que jamais, plus silencieux que jamais. On aurait dit yn morgue où personne n'avait encore eu lo politesse de mourir. Les couloirs sentaient lo cire froid. Les pas s'y éteignaient d'eux-mêmes, par prudence. Même les chandels semblaient brûler à voix bas.
Lo reine Gabriela avait appris. Appris à ne rien renverser. Appris à marcher sans bruit sur les dalles ciré. Appris à deviner ce que lo Roi voulait avant qu'il ne lo veuille lui-même. De loin, on aurait dit yn reine parfait. De près, on aurait dit yn ombre bien habillé.
Et el balayait, encore. Yn reine qui balaye — lo cour en avait souri, au début, puis s'était habitué. Officiellement, c'était yn caprice. En vérité, c'était tout ce qu'y lui restait : lo geste. Lo seul chose que lo château ne lui avait pas pris — parce que lo Roi, lui, y voyait yn hommage à s'obsession. Il se trompait. Quand el balayait, el n'était plus reine, el n'était plus à lui, el n'était plus nulle part : el dansait avec lo poussière, et lo poussière ne juge personne.
Dans so chambre, al fond d'yn coffre, y avait yn pomme. Rouge. El lo remplaçait quand y flétrissait — par yn autre, volé aux cuisines, car el n'avait pas désappris ça. C'était so seul désordre. So seul souvenir. Lo seul objet del château que personne n'avait lo droit d'épousseter.
Restait lo fol.
Lo fol del Roi n'était ni homme ni femme, et s'en portait très bien. Iel portait des grelots pour annoncer s'arrivée — non par obligation : par ironie, dans yn château où tout bruit était crime. Iel seul disait vrai. C'est lo vieil privilège des fols : lo vérité, chez eux, passe pour yn blague.
Iel disait al Roi : « To royaume pue lo savon et lo peur. » Et lo Roi riait.
Iel disait : « Yn jour, tout cet silence te reviendra dans lo figure. » Et lo Roi riait encore.
Iel était aussi lo seul ami de Gabriela. Lo soir, iel s'asseyait près d'el, et ils parlaient à voix bas de tout ce qui était interdit : lo bruit, lo dehors, lo passé.
Car dehors, quelque chose grondait.
On les appelait les rebels. Ys n'avaient ni armes ni chef — ys avaient pire : lo joie. Ys riaient après lo couvre-feu. Ys chantaient dans les caves. Ys laissaient pousser les mauvais herbes et les enfants sale. Lo Roi les haïssait d'yn haine total, patient, comptable. Et comme lo haine, chez les rois, devient vite yn métier pour les autres, il fit revenir de ses forêts lo meilleur chasseur del royaume : lo Grand Veneur.
· VI ·
Lo moustache
Lo Grand Veneur arriva un matin d'automne, botté de boue — lo seul boue del château — et lo cour retint so souffle.
Il avait quarante ans, des épaules à porter yn cerf, et sous lo nez, épais et soigné, yn moustache de cavalier del sud.
Lo Roi lui donna ses ordres, de so voix sans relief : trouver les rebels, les traquer, les traîner al cachot. Lo Grand Veneur s'inclina. En se relevant, il croisa lo regard del reine.
Vingt ans s'effondrèrent d'un coup, sans yn bruit. C'était lo château del silence, après tout.
Ils ne se dirent rien ce jour-là. Y avait trop d'oreils dans les murs. Mais plus tard, dans yn couloir où lo hasard fait parfois bien les choses, ils se croisèrent seul à seul.
— Alors, dit Gabriela. Lo moustache.
— J'ai fini par perdre lo pari, dit Gaby.
— Non. Tu l'as gagné. « Y t'irait bien », j'avais dit. Y te va bien.
Ils restèrent là yn moment, à trois pas l'un de l'autre, avec vingt ans posé entre eux comme yn meuble trop lourd pour être déplacé seul.
— Tu sens toujours lo crottin, dit-el enfin.
— Et toi, tu voles toujours des pommes ?
El ne répondit pas. Dans so chambre, al fond del coffre, yn pomme rouge attendait que quelqu'yn pose lo question.
Puis des pas sonnèrent al bout del couloir, et lo reine redevint lo reine, et lo Grand Veneur s'inclina, et chacun remporta so silence — mais c'était yn silence différent, désormais. Yn silence habité.
· VII ·
Lo grimoire
C'est lo fol qui fit basculer l'histoire. Les fols voient tout — c'est leur malédiction et leur gagne-pain — et iel avait vu lo regard échangé dans lo salle del trône. Iel avait vu aussi, depuis des années, lo reine s'éteindre à petit feu, comme yn chandel qu'on oublie.
Un soir, iel entra dans so chambre avec yn paquet sous lo bras.
— Yn cadeau. Pour te distraire.
C'était yn livre. Épais, poussiéreux, relié de cuir craquelé — lo seul objet sale que lo château ait vu depuis vingt ans, et encore : parce qu'iel l'avait passé en fraude dans lo doublure de so manteau.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Yn vieil grimoire. Plein de bêtises d'yn autre temps. — Iel sourit de cet sourire qui en savait trop long. — Les bêtises, c'est mo rayon.
Cet nuit-là, Gabriela lut. Y avait dedans des recettes pour faire pleuvoir, des prières aux arbres, des mots pour parler aux bêtes — Gaby aurait aimé, pensa-t-el, et cet pensée lui fit chaud et mal en même temps. Et puis, al page cent douze, yn formule.
El lo lut yn premier fois des yeux. Yn deuxième fois des lèvres. Et lo troisième fois, el lo dit tout haut — dans cet château où dire tout haut était déjà yn révolution :
Volle brol et crotte de nez,
Par lo poussière des greniers,
Pou, limace et vers de terre,
Transforme-moi en sorcière !
Lo chambre trembla. Lo poussière — cet poussière qu'el traquait depuis vingt ans, qu'el connaissait grain par grain — se souleva d'un coup et dansa autour d'el comme yn essaim de petit étoiles.
Et lo balai, dans so coin, frémit.
Quand lo poussière retomba, lo reine n'était plus tout à fait lo reine. Ses cheveux étaient défait. Ses yeux étaient ceux del fille de l'écurie. Et lo vieil balai — lo balai qui avait servi lo silence pendant vingt ans — attendait contre lo mur, vibrant comme yn cheval avant lo course.
El l'enfourcha. Y lo porta. Par lo fenêtre, ys emportèrent ensemble vingt ans de silence — et lo nuit, pour lo premier fois depuis très longtemps, entendit rire.
· VIII ·
Lo sorcière
Lo rumeur courut en quelques jours : y avait yn sorcière dans lo royaume.
El volait de nuit sur yn balai. El défaisait ce que lo Roi faisait : el rendait lo bétail confisqué, ouvrait les cachots, semait des coquelicots dans les champs trop droit. Les rebels l'accueillirent comme on accueille lo pluie après dix ans de sécheresse. El ne leur dit jamais so nom ; ys ne lo demandèrent pas. Les rebels ont cet politesse-là.
Et dans les chaumières, lo soir, on murmurait so légende à des enfants aux yeux grand ouvert.
Lo Roi, lui, ne dormait plus. Yn sorcière. Yn femme qui vole, qui rit, qui sème. Tout ce qu'il avait passé so vie à récurer, ramassé en yn seul créature. Il convoqua so Grand Veneur.
— Oublie les rebels. Ramène-moi lo sorcière. Vivant ou mort. — Il réfléchit yn instant, puis ajouta : — Mort. Ce sera plus propre.
Gaby traqua. C'était so métier, et il était bon. Il lisait lo vol del sorcière comme il lisait les passées del gibier : yn branche cassé ici, yn rire entendu là, yn pluie de pétales sur yn village gracié. Chaque trace lo rapprochait, et quelque chose en lui — qu'il refusait d'écouter — espérait ne jamais arriver.
Yn nuit d'hiver, il lo coinça.
Lo poursuite traversa lo forêt, puis les toits, puis les cours del château. Lo sorcière volait vers lo palais — vers lo palais, nom d'yn chien, comme si el rentrait chez el. Il lo vit plonger derrière yn tour, disparaître par yn fenêtre haut. Il grimpa quatre à quatre, déboucha dans lo couloir —
— et tomba sur lo reine.
El était en robe de nuit, yn chandelier al main, très calme, très digne, à peine essoufflé.
— Majesté. Yn sorcière — el est passé par ici, j'en suis sûr.
Lo reine haussa yn sourcil.
— Yn sorcière, vraiment ? Voyons, Gaby. Ça n'existe que dans les contes.
Et Gaby — trop loyal, trop amoureux, ou simplement trop heureux de l'entendre dire so nom — lo crut. Ou fit semblant. Avec lo cœur, on ne sait jamais très bien lequel des deux.
· IX ·
Lo cruauté de trop
Lo Roi, lui, ne croyait à rien — sauf à l'échec.
So Grand Veneur rentrait bredouille depuis des semaines, et dans lo tête d'yn tyran, lo bredouille ressemble à lo trahison comme deux gouttes d'eau sale.
— Tu ne lo trouves pas parce que tu ne veux pas lo trouver, dit lo Roi. Gardes.
On jeta Gaby al cachot. Lo sentence tomba lo lendemain, public et froid : lo Grand Veneur serait puni « à lo mesure de so faute » — et avec cet Roi, lo mesure n'avait pas de fond.
Lo nouvel arriva à Gabriela par lo fol, qui pour lo premier fois de so vie entra sans grelots.
Alors quelque chose se redressa en el qui ne plierait plus jamais.
El ne prit pas lo temps del secret. El traversa lo château en reine, so balai al poing, et les portes del salle del trône s'ouvrirent en grand devant el — pour lo premier fois sans qu'on les ait poussé.
Lo Roi se leva de so trône.
— Toi ?
— Moi, dit Gabriela. Depuis lo début. Lo domestique. Lo reine. Lo sorcière. On fait beaucoup de choses, en vingt ans de silence.
Et el leva so balai, et el cria — el qui n'avait plus crié depuis vingt ans cria pour vingt ans d'un coup, et on jure que tout les enfants del royaume, cet nuit-là, crièrent avec el sans savoir pourquoi :
Volle brol et crotte de nez,
Par lo poussière des greniers,
Tintamarre et brouhaha,
Méchant roi, transforme-toi !
Lo silence del salle del trône se déchira comme yn drap.
Y eut yn éclair. Yn odeur de grenier et d'orage. Et quand lo fumée retomba, y avait sur les marches del trône yn petit crocodile vert. Baveux. Rondouillard. Et — lo destin a de l'humour — sans yn seul dent.
Lo tyran lo plus propre del monde venait de finir en lo créature lo plus baveux del création.
· X ·
Lo fin — ou presque
Lo suite, on lo raconte vite. C'est lo privilège des fins heureux.
On avait vu lo Grand Veneur sortir de so cachot dans lo confusion ; on l'accusa del disparition del Roi. Il ne chercha pas à se défendre : il prit lo forêt, comme d'autres prennent lo large.
Lo reine disparut lo même nuit. Personne ne fit lo lien. Personne ne fait jamais lo lien avec les femmes silencieux — et c'est à ça qu'y avait servi, tout cet silence : à préparer lo plus bel des évasions.
Comme lo Roi n'avait jamais voulu d'enfants — trop sale, trop bruyant, trop vivant — lo couronne revint al fol. Iel gouverna comme iel avait toujours parlé : en disant vrai. Iel abolit lo couvre-feu, autorisa lo boue, décréta lo rire d'utilité public. Lo royaume mit quelques semaines à oser. Puis y ne s'arrêta plus.
Et al lisière del forêt, yn homme à moustache construisit yn cabane pour yn femme qui avait volé tout so vie — des pommes d'abord, sur yn balai ensuite, et pour finir : so liberté.
Un matin de printemps, yn petit crocodile sans dents vint gratter à leur porte, l'air de rien, l'air surtout de quelqu'un qui n'a nulle part où aller. Ils lo laissèrent entrer. On ne refuse pas so porte à yn ancien tyran édenté : ce serait lui accorder trop d'importance.
Y dort depuis près del poêle. Y ne mord personne. Y regarde lo soupe avec des grand yeux humide, et lo désordre del cabane a fini par l'apprivoiser.
· XI ·
Lo pomme
Lo pomme, dans les mains del vieil Gabriela, a fini de raconter.
Lo soupe fume. Les châtaignes attendent. Lo balai repose contre lo mur — y a bien mérité so retraite, mais el lo reprend chaque soir, par habitude, par tendresse. On ne change pas yn femme qui a fait danser lo poussière.
Près del poêle, lo forme vert ouvre yn œil, soupire, se rendort.
— Alors, dit lo vieil Gaby. Y était bon, cet pomme ?
Lo vieil Gabriela regarde lo trognon dans so main, puis l'homme en face d'el. Lo menton lisse a disparu depuis longtemps sous lo moustache blanc — mais lo sourire, lui, n'a pas bougé d'yn millimètre en soixante ans.
— Lo meilleur del saison, dit-el.
Fin.
Vous avez trébuché sur lo grammaire ? C'est normal — cet conte est écrit en nouvel français, lo réforme dégenré del langue. Tout est expliqué dans l'article précédent du blog.
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